5, rue des Carmes - 75005 PARIS - Tél : +33 1 43 29 78 40 - info@hoteldescarmesparis.com
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Hôtel des Carmes Paris

Les existentialistes dansent et chantent dans les catacombes.

 

Imaginez dans la paisible rue des Carmes un immeuble que rien ne signale à l'attention bourgeoise.


Si vous êtes initié, traversez le couloir, descendez l'escalier de la cave en vous cramponnant à la rampe de corde, et soudain, des profondeurs lointaines, vous parviendra une musique frénétique. Au bas de l'escalier de pierre, on débouche dans une première cave agencée en bar et soutenu par un monumental pilier.

 

Au passage, une ravissante pin-up, que l'on jurerait sortie d'un studio de Hollywood, sollicite votre taxe d'entrée.
- C'est nécessaire, m'explique un habitué, car la clientèle qui tous les soirs de 5 à 7 se précipite au "Lorientais" est surtout composée d'étudiants et de bohèmes du quartier, éminemment sympathiques, certes, mais aussi, terriblement portés à jouer le "Roi des Resquilleurs" !


Avec sa clarinette... Luter a attiré Sartre et Micheline Presle dans sa cave.

 

Le meilleur orchestre français de jazz se nourrit en dévalisant les buffets des salons bourgeois où ces musiciens sont invités.
C'est l'orchestre Luter, qui joue dans la cave la moins chère du quartier Latin.
Le jeune Luter ne sait pas lire la musique, mais il a passé son adolescence à écouter les disque d'Armstrong. Panassié, le pape du Jazz, après avoir entendu Luter et son ensemble, fut frappé de stupeur.
- Je me suis cru, déclara-t-il, reporté au début de ce siècle, dans le quartier noir de la Nouvelle-Orléans.
Depuis, la cave de Luter n'a cessé de voir s'accroitre son prestige, menaçant dangereusement la vogue de son concurrent le Tabou. Luter a reçu la visite de la grande avant-garde : Sartre, Prévert, Eluard, Bernard Blier, Micheline Presle, Raymond Queneau.


Panassié, le "Pape du Jazz", les a choisis. Et la levée de boucliers les laisses impassibles. Malgré les récriminations des professionnels, c'est eux qui ont été désignés les premiers pour aller à Nice défendre l'honneur de la musique moderne française au Festival international du jazz. (En dernière minute, on annonce également la participation à la nuit de clôture du festival des orchestres professionnels français Django Reinhardt et Stephan Grapelli.)


"Eux", c'est l'orchestre amateur Claude Luter, encore inconnu de la grande majorité des fanatiques du jazz. Claude Luter joue depuis deux ans dans la cave d'un petit hotel de la place Maub', dans le plus pur style New-Orleans, pour les étudiants et les quelques rares initiés du jazz-hot. Sur les sept joueurs que comprend son orchestre - le pianiste Azzi, le batteur Tacout, le banjo Claude Philippe, les deux trompettistes Merlin et Rabanit, le trombone Mowgli, le clarinettiste Luter - cinq d'entre eux ont été classés parmi les premiers solistes français du jazz.
L'orchestre Luter est né en avril 1946. A cette époque, Mme Bereaud, propriétaire du petit hôtel de la rue des Carmes, qui fut toujours une amie des étudiantes et qui s'ennuie sans eux, fit appel à deux musiciens pour venir jouer dans sa cave. Luter et Mowgli, qui alors jouait du piano, répondirent à son appel.


Petit à petit, ils reprirent contact avec leurs camarades qui jouaient hot comme eux et avec lesquels ils avaient eu l'occasion de jouer au cours des multiples surprises-parties du quartier. Après différents changements, l'orchestre définitif ne fut sur pied qu'en juin 1947. Quelques mois après, l'orchestre Luter obtenait le premier prix au festival amateur de jazz de Bruxelles.